Du 22 au 25 octobre, SPIEL Essen 2026 réunit plus de 1 500 nouveautés dans les huit halls de la Messe Essen. Jeux experts, gestion, narration : voici les titres qui méritent votre attention.
Chaque automne, l’essentiel des sorties de fin d’année se joue en quatre jours dans la Ruhr. Cette édition est la plus grande de l’histoire du salon : 81 200 m², l’ouverture du hall 8, 921 exposants venus de 53 pays et jusqu’à 230 000 visiteurs attendus. Sur le papier, elle penche nettement vers le jeu expert, avec des thèmes qui sortent des terrains habituels. Voici les jeux qui reviennent dans les présélections de la presse spécialisée et dans les listes des joueurs, et ce que chacun vous demandera de décider.
Les infos pratiques en bref
Le salon ouvre de 10 h à 19 h du jeudi au samedi, et de 10 h à 18 h le dimanche. Les billets se vendent uniquement en ligne : 25 € la journée, 16 € pour les 4 à 12 ans, 67 € pour une famille. Le samedi est complet et le vendredi presque : visez le jeudi ou le dimanche. Depuis la gare centrale d’Essen, le tram U11 vous dépose en cinq minutes. Emportez du liquide, car chaque stand choisit ses moyens de paiement, et précommandez les jeux qui comptent pour vous : les plus demandés disparaissent souvent dès le premier jour.
Côté programme, les Loups-Garous de Thiercelieux fêtent leurs 25 ans avec une partie géante le jeudi soir à la Grugahalle. Le Deutscher Spiele Preis, décerné par le public, a retenu Artengarten, Boss Fighters QR et Galactic Cruise, dont l’ordre sera dévoilé le 21 octobre.
Les grands jeux experts
Queen Alice, le jeu le plus attendu du salon

Si un titre fait l’unanimité dans les présélections, c’est celui-ci. Héctor Carrión et David Heras Pino partent de De l’autre côté du miroir de Lewis Carroll : Alice reçoit un appel du monde du miroir, et vous servez la cour qui prépare le banquet de son couronnement. Selon votre influence, elle deviendra Reine rouge ou Reine blanche, et seule une partie de ses vœux sera exaucée et comptera au décompte.
Le cœur du jeu tient dans une idée que l’éditeur baptise « chess-building ». Chaque carte porte une pièce d’échecs : en la jouant, vous déplacez cette pièce selon son mouvement habituel, et la case d’arrivée déclenche l’une des quatre actions du plateau. Les rangées de l’échiquier correspondent à des ressources, les colonnes à des mini-jeux. Vous améliorez votre paquet au fil de la partie avec des cartes de niveau supérieur, ce qui rend vos activations suivantes plus rentables. L’arbitrage est double : une carte vaut par son effet, mais aussi par la position où elle laisse la pièce pour le tour suivant.
Queen Alice se joue de 1 à 4 joueurs, dès 14 ans, en 30 à 120 minutes. Il sera proposé à environ 69 € à Essen, et sa première édition inclut le français.
-60°, Alexander Pfister en Antarctique

Quand l’auteur de Great Western Trail et de Maracaibo cosigne un jeu expert avec son complice Peter Prinz, le jeu attire forcément l’attention. -60° se déroule dans un 1971 uchronique : une météorite vient de frapper l’Antarctique, et vous dirigez une équipe de recherche lancée vers le site d’impact.
Le jeu combine placement d’ouvriers et construction d’une réserve de cartes, sur fond de course géographique. Vous équipez vos expéditions avec des cartes de technologie et des ressources rares, vous bâtissez un réseau de stations et vous affrontez tempêtes et températures extrêmes, qui ajoutent une part de risque à chaque avancée. Tout l’enjeu consiste à doser l’investissement dans votre réseau et l’élan vers la météorite : trop prudent, vous arrivez trop tard, trop pressé, vous manquez de soutien logistique. Les illustrations sont signées Martin Mottet.
Comptez 2 à 3 heures pour 1 à 4 joueurs, dès 12 ans. Le prix conseillé est de 84,90 €, et les précommandes retirées au salon tournent autour de 80 €.
Braided Skies, le grand euro de Stonemaier

L’éditeur de Scythe et de Wingspan présente sa sortie majeure de l’année, premier jeu de l’univers Smoking Bones conçu par Dan Germain et illustré par Andrew Bosley. Vous dirigez une compagnie de tourisme aérien dans un monde de nuages et de merveilles, avec un objectif : gagner assez de renommée pour devenir Commodore des nuées.
Chaque joueur contrôle trois dirigeables. Vous les envoyez à travers les nuages récolter des ressources et embarquer des touristes, puis vous les rappelez pour activer leurs équipements. Ces derniers ne fonctionnent que si le navire transporte les bonnes « tapstones » et les bons passagers, ce qui oblige à préparer chaque retour plusieurs tours à l’avance. Les tapstones servent à la fois de carburant et de clé pour visiter les merveilles qui rapportent de la renommée, tandis que la carte s’agrandit au fil des découvertes. Stonemaier le range lui-même parmi ses jeux lourds.
Braided Skies accueille 1 à 5 joueurs, dès 14 ans, pour 60 à 90 minutes. Il sera disponible à Essen avant les boutiques anglophones fin novembre, et une version française est annoncée chez Grail Games.
Greenwood, le sanctuaire qui ment

Sur la couverture, un slogan résume l’histoire : « Greenwood is a lie ». La péninsule de Greenwood se présente comme un refuge pour créatures magiques, mais le cercle de druides qui la gouverne les capture. Christos Giannakoulas et Manolis Zachariadis vous font incarner des esprits primordiaux décidés à les libérer en trois nuits.
À chaque tour, vous choisissez entre utiliser vos propres compagnons, emprunter ceux de vos adversaires ou envoyer l’un des vôtres dans la forêt. Le jeu ajoute des sorts, et les créatures libérées s’assemblent sur votre plateau comme des polyominos pour déclencher des bonus. Dans le jeu avancé, chaque clan dispose d’une capacité propre que tous les joueurs peuvent utiliser. C’est le point de design le plus intéressant du jeu : ce que construit votre voisin devient aussi une option pour vous, ce qui crée une interaction indirecte constante.
Greenwood se joue de 1 à 4 joueurs, dès 14 ans, en 40 minutes environ par joueur. Il est vendu 79,90 € en Allemagne, et Super Meeple prépare la version française.
Kingdom Come: Deliverance, l’adaptation ambitieuse de CGE

Czech Games Edition confie l’adaptation du jeu vidéo de Warhorse Studios à Vlaada Chvátil, l’auteur de Through the Ages et de Codenames, associé à Tomáš Holek. Vous parcourez la Bohême de 1403 en choisissant vos intrigues avant de partir, dans un monde ouvert qui associe deckbuilding, tests de compétences et éléments de gestion.
La partie est compétitive, mais sans affrontement direct entre joueurs : chacun progresse dans sa propre histoire, et c’est l’efficacité de votre parcours qui fait la différence. Un mode solo complet est prévu. Avec 80 à 90 minutes par joueur, une partie à quatre occupe une soirée entière, ce qui place le jeu dans la catégorie des expériences à planifier.
À 149,99 €, c’est la boîte la plus chère de cette sélection. Elle ne sera disponible qu’en anglais à Essen.
Des jeux de gestion plus resserrés
Carl von Linné, la science par la lentille

Après Galileo Galilei, Michal Peichl poursuit sa série Pioneers of Science avec le naturaliste suédois qui a fondé la classification moderne des espèces. Vous partez en expédition, rapportez des spécimens, cultivez un jardin botanique et publiez vos travaux.
La mécanique centrale passe par trois instruments d’observation : les lunettes, la loupe et le microscope. Chaque action est exécutée une, deux ou trois fois selon la lentille utilisée. Cela ressemble à un simple multiplicateur, mais c’est un arbitrage permanent : réserver le microscope à l’action la plus rentable du moment, c’est accepter de la payer plus cher, et de jouer les autres en version réduite.
Carl von Linné accueille 1 à 4 joueurs, dès 12 ans, pour 60 à 120 minutes. L’édition anglaise est proposée à 75 € en précommande à Essen, avec deux cartes promotionnelles.
Gaudí, l’équilibre en mosaïque

Pour le centenaire de la mort d’Antoni Gaudí, Devir confie à Dani Garcia un jeu sur l’œuvre de l’architecte catalan. Sur le plateau central, vous tournez autour d’un lustre et vous vous arrêtez sur des cases pour piocher des cartes ou récupérer des tuiles de trencadís, la mosaïque de céramique brisée qui couvre ses bâtiments. Une manche se termine lorsque chacun a bouclé son tour, et la partie en compte trois.
Les tuiles rejoignent votre plateau personnel, où leurs motifs débloquent des actions. Vous marquez des points dans trois domaines, Nature, Catalogne et Religion, chacun avec son propre moment de décompte : immédiatement, à chaque fin de manche et en fin de partie. Le principe décisif tient en une règle : seuls vos deux scores les plus faibles comptent. Comme dans Ingenious de Reiner Knizia, il est impossible de tout miser sur un seul axe. Les illustrations sont signées Edu Valls.
Gaudí se joue de 1 à 4 joueurs, dès 10 ans, en 60 minutes environ, avec un mode solo. La version française paraît chez IELLO.
Northgreen, reboiser l’Islande

The Game Builders, la maison de Thorsten Hanson et Andreas Odendahl, propose un jeu expert sur un thème rare : le reboisement de l’Islande. Vous dirigez un projet de recherche et gérez une colonie à côté d’une forêt en pleine croissance. Il faut cultiver choux et tomates, élever moutons et poneys islandais, et investir dans la recherche, sans laisser l’agriculture étouffer la forêt qu’elle est censée accompagner.
Le jeu combine placement d’ouvriers, avec un seul ouvrier par action, et construction de moteur. Plus de 100 tuiles de paysage, plus de 100 figurines en bois et plus de 100 cartes Projet assurent la variété d’une partie à l’autre. Les voies de victoire sont multiples : agriculture, recherche, reboisement et développement de la colonie.
Northgreen accueille 1 à 4 joueurs, dès 12 ans, à raison de 30 minutes environ par joueur. Il est proposé à 65 € en précommande au lieu de 79 €, à retirer au stand 4 J 500.
Prague Unseen, la ville des légendes

Albi, éditeur tchèque très présent cette année, emmène les joueurs dans le Prague du XIXᵉ siècle, nourri de ses mythes. Jindřich Pavlásek, Michal Peichl et Petr Vojtěch signent un jeu de placement d’ouvriers dont la particularité est de vous faire construire vos propres emplacements d’action.
Quatre « mini-jeux » retracent l’histoire légendaire de la ville, et quatre quartiers sont à disputer. La présence d’un auteur de Carl von Linné au générique rappelle l’importance de la scène tchèque à Essen cette année. Le jeu accueille 1 à 4 joueurs dès 14 ans, et Capstone Games vient d’ouvrir les précommandes de l’édition anglaise.
Timespan, la civilisation sans la guerre

Kristian Amundsen Østby, connu pour Escape: The Curse of the Temple, s’associe à Kenneth Minde pour un jeu de civilisation qui écarte délibérément le conflit. Vous menez votre peuple de l’âge de pierre à l’ère spatiale en cinq manches, chacune divisée en une phase d’exploration et une phase d’actions.
Six civilisations asymétriques et six plateaux technologiques renouvellent les parties, avec 175 cartes au total. Lorsque de nouvelles cartes arrivent, les plus anciennes partent au « cimetière », ce qui force à faire évoluer son moteur au lieu de l’empiler. Une grande partie du jeu se déroule en simultané, ce qui limite le temps d’attente.
Timespan se joue de 1 à 5 joueurs, dès 12 ans, en 90 minutes environ, pour 65 € en édition anglaise.
Drillers, savoir quand s’arrêter

Deuxième jeu CGE du salon, Drillers est un deckbuilder d’Adam Španěl et Říman. Vos mechs explorent une mine abandonnée : plus vous descendez, plus le minerai rapporte, mais le carburant baisse et les dégâts s’accumulent. Les cartes ont plusieurs usages, et des drones automatisent la logistique à mesure que votre exploitation grandit. Toute la décision porte sur le moment où il faut remonter.
Comptez 30 minutes par joueur, de 1 à 4 joueurs dès 12 ans, pour 49,99 €. La version française est confiée à IELLO.
Greylune, le retour d’une idée de William Attia

L’auteur de Caylus reprend les idées de son Spyrium (2013) chez Sorry We Are French. Au printemps, vous placez vos villageois entre les cartes ; en été, vous les récupérez pour gagner des pièces ou recruter des compagnons. Le placement détermine donc ce que vous pourrez prendre plus tard, et la valeur d’un emplacement dépend de ce que les autres y ajoutent entre-temps. Proposé à 25,50 € en français, de 2 à 4 joueurs pour 45 à 90 minutes, c’est l’un des titres attendus les plus accessibles. Nous l’avons déjà passé au crible : retrouvez notre test de Greylune.
Narration et coopération
Neon Hope, une campagne entre cyberpunk et solarpunk

Ce jeu de cartes coopératif se déroule dans un futur proche inspiré de Berlin. La question qu’il pose sert de fil rouge : les géants de la tech vont-ils l’emporter, ou une « utopie buggée » reste-t-elle possible ? Vous incarnez des citoyens ordinaires entraînés dans une conspiration qui les dépasse.
La campagne compte cinq épisodes d’une heure et demie à deux heures. Lieux, personnages et menaces sont représentés par des cartes que vous retournez pour faire avancer l’histoire. À votre tour, vous dépensez des actions pour enquêter, combattre, pirater des systèmes ou demander de l’aide. Une grille de jetons face cachée modifie le résultat des tests, et un récit écrit vous confronte à des choix qui mènent à plusieurs fins. Entre deux épisodes, vos personnages récupèrent et progressent. Les auteurs, Francesco Grothe et Dominik Schönleben, citent Horreur à Arkham : le jeu de cartes et Netrunner parmi leurs influences.
Neon Hope se joue de 1 à 4 joueurs, dès 14 ans.
Fragments : Solara, le puzzle qui raconte

Yohan Servais, l’auteur de Guilty, lance chez IELLO une gamme de puzzles narratifs. Dans Solara, vous accompagnez Larna, une jeune nomade, à travers un désert mystérieux à la recherche de son compagnon disparu. Vous assemblez et retournez de grandes pièces de puzzle pour révéler de nouvelles zones et résoudre des énigmes. Cette première boîte sert d’introduction à la gamme, pour une partie d’environ 90 minutes. Sa sortie française est attendue début novembre.
Pour deux joueurs ou en famille
Duel of Meloch, Scythe contre Expeditions

Jamey Stegmaier réunit les mécanismes de Scythe et d’Expeditions dans un affrontement de 45 minutes. Les deux joueurs partagent une petite carte et une piste de victoire commune, dont chaque point ne peut être pris qu’une fois : marquer, c’est aussi priver l’adversaire. Le premier à quatre points l’emporte. Pour garder la partie serrée, Meloch accorde un petit avantage à votre adversaire chaque fois que vous marquez. Le jeu est sorti fin août, mais le salon reste l’occasion de l’essayer.
12 Rivers, la course aux perles

Dans le jeu de Romain Caterdjian, vous menez une tribu qui récolte des perles magiques le long de douze rivières, en cinq manches. Plus vous dépensez de ressources de campement, plus vous placez vos jetons en amont et plus tôt vous choisissez vos perles avant qu’elles ne descendent le courant. Vous recrutez aussi des villageois et exploitez les capacités de votre campement. Le jeu accueille 2 à 4 joueurs, dès 10 ans, en 45 à 75 minutes.
Et aussi
D’autres titres méritent un passage sur leur stand. Stefan Feld revient chez Pegasus Spiele avec Medico, où l’on acquiert du savoir de ville en ville. Tomáš Holek signe aussi deux jeux plus légers : Night at the Zoo chez Albi, où vous ramenez les animaux à leur enclos avant que les gardiens remarquent leur absence, et Carpet Racers chez Pink Troubadour, une course où vous ne savez pas quelle voiture est la vôtre. Les amateurs de Cascadia, de Faraway et d’Harmonies trouveront enfin de nouvelles extensions pour ces trois succès récents.
Ce qu’il faut retenir
Cette édition confirme trois tendances. Le jeu expert domine les attentes, avec des thèmes inattendus : l’Antarctique, le reboisement islandais, la botanique, l’œuvre de Gaudí. Les éditeurs tchèques, de CGE à Albi en passant par Pink Troubadour, signent une bonne part des titres les plus suivis. Enfin, les versions françaises arrivent vite : Queen Alice, Gaudí, Greenwood, Braided Skies, Drillers et Fragments ont déjà un éditeur en français.
Si je ne devais retenir que trois boîtes, ce serait Queen Alice, Greenwood et Gaudí. Chacune repose sur une idée de design précise : les déplacements d’échecs comme moteur d’actions, les compagnons partagés entre adversaires, le décompte sur les deux scores les plus faibles. Reste à vérifier en partie qu’elles produisent les dilemmes promis.

Autour du feu.
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